Arnaud Elégoët : « Il faut éditer des livres à la mode en breton »
« Tintin », « Titeuf » ou encore « Mortelle Adèle » : Bannoù-heol, créée par Arnaud Elégoët, édite des livres qui plaisent au plus grand nombre, dans une version en breton.

Quand et pourquoi avez-vous créé la maison d’édition Bannoù-heol ?
C’était en 1999. J’étais alors enseignant de musique au collège Diwan de Quimper et j’avais été faire un tour à la bibliothèque. J’avais remarqué qu’il n’y avait pas beaucoup de livres en breton pour les jeunes. J’ai appelé l’éditeur Dargaud, à Paris, pour demander s’il serait possible d’éditer Boule et Bill en breton. Ils ont accepté tout de suite. Je ne m’y attendais pas ! Ils m’ont demandé à quel nom envoyer les contrats, donc j’ai dû trouver rapidement le nom de Bannoù-heol (rayons de soleil), en référence à bannoù-treset (bandes dessinées). C’est comme ça que ça a démarré. Si on m’avait répondu ce jour-là que ce n’était pas possible, ou trop compliqué, je ne serai pas allé plus loin.
Qu’avez-vous édité par la suite ?
Titeuf, d’abord, qui plaisait beaucoup aux enfants à cette époque. J’en ai même édité deux ou trois, traduits en breton par les collégiens de Diwan Le Relecq, avec l’aide de leur professeur, Gwenole Bihannig. J’avais beaucoup aimé l’idée que ce soit aussi un projet pédagogique, avec le nom de chaque élève sur le livre ! On a continué par la suite, avec Petit ours brun ou Mortelle Adèle, traduits cette fois par les collégiens de Diwan Quimper.
Titeuf, Boule et Bill, Thorgal… Vous avez adapté beaucoup de livres célèbres, à succès. C’était l’objectif ?
Je cherchais des idées à droite et à gauche, car ce n’est pas mon métier ! Je demandais souvent aux collégiens en face de moi quelles BD ils aimaient. De plus, je pensais qu’il était bien de montrer que le breton est une langue vivante, moderne, et qu’on peut éditer des livres à la mode dans notre langue.
Quand j’étais jeune, ma mère était institutrice, en français. À l’époque, le conseil départemental offrait des livres à tous les écoliers. J’avais été avec elle récupérer ces ouvrages, et j’avais été très étonné de voir Spot ou Tintin en breton. Ce qui m’avait le plus étonné, c’était de voir que ces ouvrages avaient la même qualité d’édition en breton qu’en français. Pour moi, la langue bretonne, que je ne parlais pas, était une langue de vieux, qui ne m’intéressait pas du tout. Voir un Tintin en breton était une sorte de miracle.
Éditer des livres célèbres, que tout le monde connaît, est un moyen de faire connaître notre langue.
L’édition n’est pas votre métier, vous avez dû tout apprendre ?
Oui. On apprend progressivement, avec l’aide d’amis, de professionnels. Aujourd’hui encore je demande de l’aide ou des conseils à des professionnels.
Au-delà des traductions, vous avez aussi édité des créations ?
Oui, par exemple un livre-cd, Kan ar bed, en 2018. On me demandait souvent de faire des créations. Cela me faisait un peu peur : ce n’est pas mon métier, je ne savais pas quoi proposer, j’avais peur de l’échec. Un ami m’a incité à enregistrer un disque. Au départ, c’était un projet avec une chanteuse et quelques musiciens. Finalement, près de 150 personnes y ont participé : écrire les paroles, composer la musique, l’enregistrer en Bulgarie, en Corse… Nous avons aussi récréé Ar Marc’h Dall, l’œuvre musicale de Job an Hirrien et René Abjean.
Pourquoi menez-vous ces projets ?
C’était pour le plaisir, et ça l’est toujours ! J’ai toujours été attiré et ému par la littérature jeunesse. C’est un plaisir de travailler sur ces projets variés. J’aime apprendre des choses, rencontrer des gens que je n’aurais pas l’occasion de voir autrement.
Et aussi entendre des gens dire qu’ils ont aimé tel livre, tel album… Cela donne de l’énergie, voir le résultat et son effet sur le public.
À combien d’exemplaires se vend chaque livre ?
Nous avons vendu près de 4 000 exemplaires de Kan ar bed, qui était bilingue. C’était extraordinaire. Sinon, les livres en breton uniquement se vendent entre 500 et 1 000 exemplaires.
Qui sont les acheteurs ?
Des parents d’élèves en filière bilingue, essentiellement, mais aussi des gens qui apprennent le breton et cherchent des lectures simples. En Bretagne surtout, mais aussi aux États-Unis, au Canada, en Chine, en Allemagne…
Vous avez une boutique en ligne ?
Nous avons progressivement eu envie de proposer des choses en lignes. C’est une façon de donner de la visibilité, notamment auprès des parents pour leur montrer qu’il existe des choses e breton. La plupart d’entre eux ne le parlent, c’est une façon de voir ce qui se fait en breton pour leurs enfants.
Quels sont les prochains projets ?
Nous allons éditer Tintin au Tibet en octobre. An Here l’avait fait avant de faire faillite. J’ai conservé une relation particulière à Tintin, je veux donc continuer à le rééditer en breton.
Propos recueillis par Maiwenn Raynaudon-Kerzerho













